iALMODÓVAR EXHIBITION!

 

 

A auteur culte, exposition culte: objets, images, interviews, tout au long de ce parcours thématique à travers l'oeuvre du cinéaste, il est partout, et aucun regard extérieur ou critique ne vient apporter un quelconque bémol à cet hommage sans réserve.

Vous l'aurez compris: si vous aimez le grand Pedro et ses films, vous vous régalerez de bout en bout, passant avec délice des albums Cinémonde soigneusement remplis par le jeune Almodóvar de chromos représentant les acteurs américains des années 50 et 60 et dont les couleurs criardes lui inspireront les tonalités de la plupart de ses films, aux maquettes de Jean-Paul Gaultier pour la robe portée par Zahara-Gabriel García Bernal dans "La mala educación"; et sans doute découvrirez-vous certains aspects méconnus de sa trajectoire artistique, tel ce roman-photo trash hallucinant mettant en scène un  travesti obsédé par son maquillage, même dans les situations les plus scabreuses ou dangereuses...

Ce que j'ai pour ma part beaucoup apprécié, ce sont les vidéos, en noir et blanc, lequel contraste évidemment avec l'environnement qui recrée les couleurs vibrantes chères au cinéaste, qui ponctuent cette exposition par des témoignages d'Almodóvar: il nous y parle des racines de son art, de ses méthodes, de ses thèmes de prédilection, de sa famille, de lui-même... Et c'est là qu'est levée une appréhension que le titre de l'exposition – "exhibition"-, pouvait faire naître au-delà du simple emprunt à l'anglais: Almodóvar ne s'y montre pas du tout exhibitionniste, bien au contraire, c'est avec pudeur et apparemment sincérité qu'il lève un coin du voile que les excès de ses films ont soigneusement tissé. Face à la caméra, tout en développant pendant quelques minutes  chacun des sujets proposés ("rouge", "La Mancha", "la voix humaine", etc.), le cinéaste braque sur nous son regard noir et scrutateur, et le spectateur a le sentiment, comme cela se produit avec certains portraits photographiques de Picasso, qu'il est vu tout autant qu'il voit.

Pour cette exposition, prévoyez au moins trois heures: vous en aurez besoin si vous voulez profiter de tous les extraits de films, de toutes les explications, de tous les objets et documents proposés. La scénographie requiert également un certain temps d'adaptation, aussi faut-il ne pas être pressé et prendre tout son temps.

On aimerait cependant que l'ombre du grand Pedro n'occulte pas autant en France d'autres cinéastes espagnols qui mériteraient bien d'être connus: à quand un hommage aux cinéastes femmes, Icíar Bollaín, Isabel Coixet, par exemple?

 

                                                                                                                      Anne-Marie Penon.

 

 

¡Almodóvar Exhibition!: Cinémathèque française, Musée du cinéma, 51 rue de Bercy, 75012 Paris, jusqu'au 31 juillet.