Notes de voyages au Olancho ( Honduras) en juin 2003. Christine Pic-Gillard.

 

La région du Olancho est à quelques deux cents kilomètres à l'est de la capitale Tegucigalpa, Tegus disent les Honduriens. Deux cents kilomètres qui nécessitent quatre bonnes heures de trajet en pick up ou en bus. C'est d'abord une route asphaltée qui s'élève rapidement, puis les derniers quatre-vingts kilomètres, une piste caillouteuse qui peut s'avérer périlleuse en cas de pluie: paysages de collines et de prairies, auxquels succèdent forêts et pentes pelées par la déforestation. Le bus s'arrête à la demande

Le Olancho a mauvaise réputation: règlement de compte, prise d'otages. A l'ambassade de France on me dit que le danger est quasiment nul en bus; une prise d'otages par an en moyenne ! Néanmoins on me donne un numéro de téléphone joignable nuit et jour, et on photocopie mon passeport au cas où…

La Unión est un gros bourg de cinq mille habitants, aux maisons collées les unes aux autres, sans jardin, sans véranda, qui ouvrent directement sur la rue en terre. Atmosphère de far west: chaleur et poussière, chevaux, hommes assis à l'ombre des arbres, le chapeau enfoncé, lourdement armés. Revolver à droite, machette à gauche. Désoeuvrement. La nuit, il m'arrivera d'être réveillée par le bruit des coups de feu et des coups de crosse contre la porte: règlement de compte ou sortie de bar arrosée.

La Unión est le point central d'une sorte de communauté de communes dans un rayon de quarante kilomètres qui comprend soixante mille habitants, vivant soit en hameau, en village ou totalement isolé dans la montagne. Des pistes relient la Unión à certains villages, praticables par temps sec en pick up, à cheval ou à pied; totalement impraticables dès qu'il pleut. Une averse suffit à transformer le revêtement argileux en boue formant des ornières profondes, et le manque de ponts empêche tout déplacement même à pied lors des crues;

Seuls les gros bourgs ont l'eau courante devant la maison ou un groupe de maisons, eau pas vraiment potable mais du moins canalisée et accessible; progrès très récent me dit on. Les hameaux n'ont pas d'eau du tout, pas d'électricité, pas de latrine. Pas même dans l'école. En général la maison est composée d'une pièce pour cuisiner avec un fourneau en terre (fogón) et une grande table le long d'un mur et un banc, et une autre pièce avec des lits. Murs en briques crues, sol en terre battue. Les cochons et les poules s'y aventurent souvent à la recherche de nourriture. Les enfants n'ont aucun jouet; ils mangent avec les doigts, à même l'assiette, accroupis près du foyer (riz, haricots rouges, tortillas).

L'école est souvent une classe unique, comprenant jusqu'à soixante-dix élèves. Les instituteurs n'y restent pas, désespérés par l'isolement et le manque de moyens. Parfois ni tables ni chaises ni tableau. Rien sinon plus de trous que de tuiles dans la toiture, un banc le long de chacun des deux murs et les poules qui picorent au milieu.

Pourtant, dans cet état d'abandon extrême des énergies sont capables de mettre en place des projets. En particulier l'énergie des femmes, sur lesquelles repose le sort de cette société machiste et violente.

A la Unión le groupe Macompo (Mujeres Activas para la Comunicación del Pueblo de Olancho) a vu le jour en décembre, comme relais de l'association Comité Amérique Latine du Nord Cotentin, pour la mise en place, l'animation et le développement d'une radio communautaire éducative, indépendante de tout parti politique et de toute religion. Macompo (une quinzaine de femmes de conditions sociales variées) a réussi à trouver des relais auprès des femmes des sept villages concernés par le projet.

Un autre groupe, le groupe Ambulancia, s'est constitué pour réunir les fonds nécessaires à l'achat d'une ambulance.

Par ailleurs, devant le problème de l'exploitation sauvage de la forêt, bradée à de grandes compagnies internationales, qui met en péril l'existence même des habitants ( tarissement des sources, lessivage des sols) une marche a été organisée en juin 2003 par un prêtre "dissident" accompagné de plusieurs centaines de personnes (femmes et jeunes en majorité). Cette marche d'une semaine vers la capitale s'est soldée par une fin de non recevoir du président et, un mois plus tard, par un mort et des intimidations de la part des exploitants.

Pauvre le Olancho ? Non, riche mais  abandonné et empêché de se développer. Cependant, déterminées à ne pas mourir sans protester, les femmes s'organisent pour prendre en charge, non pas seulement le quotidien, mais aussi leur avenir. Le projet Radio Macompo s'inscrit dans cette perspective de développement humain: sortir de l'isolement et réduire la fracture sociale et culturelle induite par le manque de communication.

Pour plus de renseignements sur le Olancho et sur Macompo, ou pour parrainer le projet, vous pouvez contacter le chef de mission en France au courriel suivant: anapic @ net-up.com