"GENS DU RAVAL", DE JOAN
COLOM, à la fondation Henri
Cartier-Bresson, 2, impasse Lebouis, 75014
Paris, jusqu'au 30 juillet 2006,
Entrée: 5 €, tarif réduit: 3 €.
Voici une exposition extrêmement
intéressante et touchante, qui permet de parcourir en compagnie du photographe
et en 85 photos, le quartier du Raval à Barcelone, connu également sous
l'appellation de "Barrio chino", entre 1958 et 1961. Dans ce quartier
mal famé, haut lieu de tous les vices et turpitudes dénoncés par le
national-catholicisme, mais surtout peuplé de petites gens survivant tant bien
que mal dans cette Espagne sous-développée où la misère régnait encore, le
comptable Colom a, tous les week-ends pendant des années, discrètement promené
son appareil photo à bout de bras, appuyant sur le déclencheur quand il lui
semblait que l'image serait la "bonne", c'est-à-dire qu'elle
donnerait à voir ce qu'était la vie de ces "gens du Raval". C'est
ainsi que, dans un décor urbain minéral et décrépi, marqué par la verticalité
des édifices, l'étroitesse des rues et l'absence d'horizon, on croise des
prostituées et leurs "macs" ou leurs clients, des enfants haillonneux
au regard et à l'attitude déjà adultes, des laissés-pour-compte à l'humanité
pathétique, mais aussi parfois, l'expression émerveillée d'un père souriant à
son bébé porté aux bras par une mère aux traits de Carmen, ou les visages
hilares de jeunes garçons croisant, gênés, une péripatéticienne aux rondeurs
suggestivement moulées dans une robe étroite. Ces instantanés n'étaient pas
destinés à être exposés, ils étaient pour Colom un moyen de fixer ce qu'il
avait surpris de la vie de ce petit peuple qu'il aimait, dont il se sentait
proche, "ses semblables, ses frères". Aussi s'est-il totalement
effacé derrière ses sujets, refusant toute approche esthétisante, même si après
coup, il recadrait chez lui les photos pour leur donner encore plus de sobriété
et de force. Et dans ces clichés sans la moindre prétention, sans le moindre
voyeurisme, mais d'une puissance suggestive exceptionnelle, et dont le noir et
blanc atteint parfois les sommets du cinéma naturaliste germanique, c'est toute
une humanité qui continue de nous parler, en vérité, de ce qu'est la vie. Ne
manquez pas cette exposition, qui vous donnera en plus peut-être l'occasion de
découvrir, dans un quartier de Paris particulièrement inintéressant du point de
vue architectural, le très bel hôtel particulier Art Nouveau qui abrite la
Fondation Henri Cartier-Bresson. Anne-Marie
Penon.