Compte rendu de la Table Ronde L’enseignement de la langue espagnole à l’Ecole primaire : pourquoi, comment ? Mercredi 3 octobre 2001, de 15 à 17 h 30.
Instituto Cervantes, 7, rue Quentin Bauchard – 75008 Paris.
Intervenants : Jacqueline Feuillet : Professeur à l’Université de Nantes, Andrée Laplace : co-auteur du manuel « Mi mundo y yo », M.-Christine Naudin : Chargée de mission LVE. Académie de Paris, Véronique Pugibet : Professeur à l’I.U.F.M. de Paris, Agnès Riffaut : Directrice d’école à Coye-La-Forêt, Antonio Saint Bois : Directeur du « Centro de recursos », Ambassade d’Espagne, Marc Sarrazin : Chargé de mission LVE. Académie de Beauvais.
Présences : Mme Isabelle Klem, Secrétaire Générale adjointe de la FCPE., B. Capdupuy, Président de la Société des Langues Néo-Latines, Ernesto Bertolaja, Directeur de la Promotion et de l’Enseignement des Langues Néo-Latines, et Mario Agraso, chargé de mission, de l’Union Latine.
Cl. Soëtard, présidente de l’AFDE, remercie l’Institut Cervantes de son hospitalité, les intervenants et tous les présents. Elle fait part de l’intérêt témoigné par trois IPR qui, retenus ce jour, attendent le compte rendu ou la synthèse de cette séance.
Pourquoi cette rencontre, autour du thème « L’enseignement de la langue espagnole à l’Ecole primaire » ?
Tout d’abord parce que c’est tout à fait le rôle de l’AFDE dont un des objectifs est de « contribuer au développement en France de l’enseignement de la langue espagnole et à une meilleure connaissance des civilisations, cultures ou réalités présentes des pays hispanophones ». Après avoir beaucoup travaillé pour l’enseignement secondaire, il est normal qu’elle s’informe des possibilités désormais offertes dans l’enseignement primaire. Il est tentant de prendre au pied de la lettre les déclarations officielles publiées dans le B.O.E.N.(Bulletin Officiel de l’Education nationale), où les Langues Vivantes apparaissent toujours au pluriel. Citons trois exemples parmi d’autres :
- le B.O. n°40 du 11 novembre 1999 (orientations pédagogiques pour la mise en œuvre au CM1 et au CM2)
- le discours du Ministre de l’Education nationale lors d’Expolangues, le 29 janvier 2001 : « L’application du plan LANGUES VIVANTES à L’ECOLE PRIMAIRE » (à consulter sur Internet : http://www.education.gouv.fr/discours/2001/dlangviv.htm )
- le B.O. n° 13 du 29 mars 2001 (Développer l’apprentissage des langues vivantes)
Tous ces textes utilisent, entre autres, le terme de diversification et par delà laissent entendre qu’il ne saurait y avoir de monopole de la langue anglaise à l’école primaire. L’enseignement de cette dernière pourra trouver toute sa place en classe de sixième en LV2 « pour les élèves qui n’auront pas commencé l’étude de l’anglais à l’école primaire ». C’est ainsi qu’un souci « humaniste » peut nous inciter à faire en sorte que l’enseignement de la langue espagnole soit bien présent dès l’école primaire. C’est un nouveau « reto » comme diraient nos amis . Il va sans dire que pour ce faire, il nous faut éclairer l’opinion publique, les parents d’élèves, les jeunes élèves eux-même et les autorités administratives. Il est à remarquer que les consignes du ministère laissent beaucoup d’initiative aux recteurs et par conséquence ouvre le champ libre à une mise en place régionalisée. La même consigne sera « utilisée » différemment à Pau ou à Lille, à Colmar ou à Brest…selon les compétences des enseignants en poste et la volonté d’organiser la diversification dans les bassins ou les territoires. Comment faire pour inciter enfants, parents, enseignants et responsables administratifs à opter pour la langue espagnole ? Mme Naudin fait remarquer que ce ne sont pas les enfants qui seront les plus difficiles à convaincre : ils aiment la langue espagnole, elle en fait l’expérience dans la vingtaine d’écoles parisiennes dont elle suit les travaux. Elle se réjouit que s’éloigne l’éventualité du « tout anglais » Quant aux parents, ils seront sensibles aux arguments tels que : développement des facultés de communication, approche de l’altérité, découvertes de cultures diverses et riches… mais ce sont des arguments valables pour toutes les langues, précise Mme Klem, représentante de la FCPE….Ils seront peut-être inquiets de ne pas « commencer par l’anglais ».
Cl. Soëtard s’interroge sur la tentation des responsables administratifs qui peuvent être tentés par une implantation/ régionalisation, et ne pas laisser le choix sous prétexte de proximité géographique. L’AFDE a toujours montré son opposition à cette conception qui va à l’encontre de la diversification.
Rodolphe Hernandez fait remarquer que, peut-être plus que les parents, ce sont souvent les maîtres du primaire qui ont le dernier mot. Il évoque l’expérience décevante dans l’académie de Orléans/Tours lors de la période d’expérimentation de ce qui va devenir partie intégrante de la formation primaire. La langue espagnole souffre encore et toujours de son image d’Epinal, de sa réputation de « facilité », et , finalement n’a attiré que trop peu d’élèves en sixième. Par contre, on a retrouvé en 4° LV2 les élèves ayant bénéficié d’une initiation en primaire…
Mme Pugibet insiste sur la diversification et sur le fait que les textes plus récents laissent supposer qu’il y aura continuité. On se dirige vers l’apprentissage de deux langues vivantes en 6°, dont l’anglais. Par conséquent, avoir commencé à apprendre l’espagnol en primaire peut être bénéfique. Ce n’est pas une perte de temps mais un bienfait et un pas en avant pour apprendre ensuite n’importe quelle autre langue, dès lors qu’il y a motivation des enfants. Le « couple » espagnol-langue romane et anglais, langue saxonne est très formateur.
Mme Laplace insiste pour que soit tenu un discours clair aux parents : il ne s’agit plus maintenant d’une « sensibilisation » mais d’une mise en place d’un véritable apprentissage ou il sera tenu compte de ce qui a été acquis en amont. Cet enseignement se situe dans la perspective européenne. Par ailleurs, il est normal que les parents se renseignent sur la poursuite des études d’une part et sur la formation des enseignants de la classe.
Il faut des enseignants formés aussi en langue vivante. On leur demande déjà beaucoup dans d’autres matières. Ils ont besoin de connaître les contenus définis dans les textes, de conditions matérielles, d’outils….
Mme Naudin informe que dans l’académie de Paris où l’enseignement de la langue espagnole est pratiqué actuellement dans 20 écoles, les personnels sont variés : des professeurs des écoles, des professeurs du second degré qui viennent « hors service », un maître « européen », et des intervenants extérieurs spécialement recrutés selon des critères définis dans les textes ministériels.
Mme Pugibet précise que nous sommes à une période transitoire puisque, à compter de la rentrée 2002, l’enseignement de langues vivantes sera obligatoire dans les IUFM, le futur enseignant recevant une habilitation dans la langue choisie. La situation pourra être différente selon les académies et les possibilités variables d’une école à une autre : les « grosses écoles » pourront compter avec des enseignants habilités dans plusieurs langues, les écoles rurales auront sans doute recours à des « maîtres itinérants » comme dans d’autres matières. Le professeur des écoles, s’il est habilité, est sans doute l’enseignant le plus adéquat, car, maître de la classe, il peut intégrer la langue (1h30/semaine), matière à part entière, à d’autres matières, dans sa dimension culturelle et transversale.
Actuellement, la formation linguistique en IUFM est assez traditionnelle, pas vraiment en rapport avec ce qui sera demandé en classe…mais les choses devraient changer en 2002.
Les futurs enseignants ont d’ores et déjà la possibilité de suivre un module de 8 h, dit « parcours linguistique », avec une technologie appliquée. Ils peuvent également suivre des stages à l’étranger de 15 jours minimum, ou des stages Erasmus de trois mois… ce n’est pas toujours facile. Il est fait allusion au fonctionnement de sections bilingues, entre Paris et l’Andalousie.
B. Capdupuy s’inquiète du volet linguistique et des connaissances indispensables. A. Saint Bois fait état des diverses initiatives proposées par l’Ambassade d’Espagne, dans le cadre d’une collaboration complémentaire. Il donne l’exemple des stages à Saint Jacques de Compostelle auxquels ont participé des enseignants de l’Académie de Beauvais.
Un autre thème est abordé et commenté : quel matériel est adapté à cette tranche d’âge et comment se le procurer ?
Mme Feuillet expose ce qu’est le matériel Les Aventures de Hocus et Lotus, projet européen soutenu par l’Union européenne : Lingua/Socrates. Elle précise que ce matériel, mis au point par une équipe italienne, s’adresse à de jeunes enfants (de 3 à 8 ans), qui n’ont pas encore accès à l’expression écrite ni à la lecture. Le même contenu est proposé en six langues ( italien, allemand, français, espagnol, portugais et néerlandais). Mme Laplace, qui a beaucoup participé dès 1989 à l’élaboration de « Mi mundo y yo » Ed. Didier, explique les principes qui ont guidé l’équipe : quel espagnol enseigner ? Privilégier le travail sur une chanson, mêler le plaisir et le jeu mais toujours dans un fonctionnement de classe, car « il faut quand même apprendre des choses » Elle insiste sur le fait que le livre, dont l’illustration a été très soignée, n’a pas été conçu comme un manuel scolaire, mais comme un livre que l’enfant avait plaisir à emporter à la maison.
Une question est posée sur le rapport à l’écrit. Certes, en CM, toutes les matières passent par l’écrit, y compris la langue vivante, car sinon, elle est dévalorisée. Mais le contact avec un texte ne peut intervenir qu’après un contact avec l’oral. Il faut donc veiller à une approche raisonnable et raisonnée avec l’écrit.
Mme Pugibet s’intéresse, dans le cadre de l’apprentissage, à comment utiliser le matériel, comment didactiser et arriver à mettre en action les compétences de communication, de compréhension, de production sans négliger les acquisitions culturelles. L’ enfant va capter les éléments à travers devinettes, « trabalenguas » et histoires, et arrivera au stade de savoir parler de lui et user de la transversalité.
Lorsque le matériel existe à l’achat, il faut tenir compte des disparités de possibilités d’acquisition. Ainsi, dans l’académie de Paris, la mairie accorde 1000ff. par classe de langue. Ce n’est bien sûr pas le cas dans la majorité des communes et ceci peut être une nouvelle cause d’inégalités
Conclusions :
Cette séance, trop courte, aura permis de susciter autour de la question de l’apprentissage et non plus seulement de sensibilisation d’une langue vivante, en l’occurrence de l’espagnol, par l’enfant, dès son jeune âge, des réflexions, des inquiétudes sans doute aussi.
Mais on peut, de toutes façons, se réjouir que cet apprentissage concerne tous les élèves dans le cadre de leur scolarité et ne soit plus l’apanage d’enfants de familles particulièrement convaincues de l’enrichissement culturel que représente la connaissance de plusieurs langues vivantes. Cet enrichissement sera d’autant plus efficace si les langues choisies appartiennent à des familles différentes, par exemple romane et saxonne.
Quelques sites Internet :
http://www.eduscol.education.fr
http://www.education.gouv.fr/thema/langue
http://www.hocus-lotus.edu Les aventures de Hocus et Lotus, pour l’apprentissage d’une langue étrangère par des enfants de 3 à 8 ans
Contact en Espagne : plpetsaf@sc.ehu.es
http://www.educ.ar/educar/escuela Banco de
canciones para cantar y contar Ministerio de Educación de la República
Argentina
http://www.spainembedu.org/deparenpar
De Par en Par. Literatura infantil
http://www.nuestraldea.com/aprender
Aprender y jugar, Nuestra Aldea