Conférence d'Olver Gilberto de León:

Force et permanence de la littérature latino-américaine, 1900-1990

 

C'est Julián Garavito, membre de l'AFDE et contributeur fidèle au bulletin de liaison, qui présente son ami Olver de León, qui se consacre depuis de nombreuses années à la publication d'anthologies de la littérature des différents pays latino-américains, dont le dernier volet, celui de Puerto Rico, reste encore à paraître.

Olver de León a également servi la cause de cette littérature en enregistrant sur cassette vidéo de nombreuses interviews d'écrivains latino-américains. Il est également un infatigable diffuseur de la culture hispano-américaine, en particulier celle de son pays d'origine, l'Uruguay.

 

Olver de León débute sa conférence, qu'il a décidé de présenter en français, en rappelant que ce n'est qu'à partir de la fin des années 70, et en particulier à la suite d'un hommage rendu à Alejo Carpentier à la Sorbonne en 1980, que l'intérêt pour la littérature latino-américaine et sa diffusion ont décollé en France. Dès lors les publications se sont multipliées. Cependant, l'époque où Paris était peuplé d'écrivains latino-américains, comme Cortázar, Scorza, et tant d'autres, n'est plus, ce que la disparition récente de Juan José Saer est venue confirmer.

 La littérature latino-américaine a connu un tournant au début du 20ème siècle, époque à laquelle les écrivains ont commencé à s'intéresser au monde qui les entourait, et dont ils ont dénoncé la réalité marquée par l'injustice socio-économique: on pense à "Los de abajo", de Mariano Azuela (1916), à "Raza de bronce" de  Álcides Arguedas (1919)... A cet égard, il est bon de rappeler que la Révolution mexicaine de 1910 – 1920 a été un véritable détonateur sismique dans le continent tout entier. Les années 1920 – 1940 seront celles de la mise en forme de cette littérature; elles seront dominées par la figure du grand fondateur du conte, grand maître de la nouvelle et précurseur de toute la littérature  latino-américaine contemporaine, l'Uruguayen Horacio Quiroga; avec lui exerceront également leur influence les Argentins Roberto Arlt et Jorge Luis Borges – ce dernier ayant comme originalité que son influence perdure sur les romanciers, sans qu'il ait lui-même jamais écrit un roman.

C'est à partir des années 40 que la littérature latino-américaine connaît son âge d'or. Elle cesse d'être réaliste et propose une approche polysémique de la réalité et de l'homme latino-américains. Elle introduit la fragmentation narrative, l'humour noir... Le phénomène de l'exode rural donne naissance à une "littérature de la ville", qui dépeint un monde chaotique et fragmentaire. Ce processus de maturation à partir de l'influence européenne et nord-américaine  aboutit au boom des années 60. Mais ce qui sans doute caractérise le plus cette évolution, c'est la recherche permanente et obsessionnelle d'une langue propre, d'un langage vrai. La littérature incorpore à partir de cette époque les ancêtres pré-hispaniques.

Les années 60 seront celles de l'essor, les années 70 celles de l'exil.

L'image de la réalité dans les œuvres d'aujourd'hui se partage entre la lucidité et l'allégorie ou la légende, reflet de l'oscillation permanente de l'histoire du continent entre révolution et dépendance. Olver de León conclut en présentant la littérature latino-américaine d'aujourd'hui comme une littérature iconoclaste, d'expérimentation, de narration expérimentale, voire d'anti-narration.

 

A la suite de cet exposé, Olver de León présente certains de ses volumes d'anthologie de contes et de poésie, fort intéressants.