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VOLVER, de Pedro Almodóvar |
Les admirateurs du maître seront
heureux de le retrouver dans le genre où il excelle, une comédie où dominent
les figures de femmes, après le détour déroutant de "La mala
educación".
Dans "Volver", nous sommes en
pays de connaissance, le cinéaste ayant gagné en simplicité et en sobriété, ce
qu'il a pour certains perdu en puissance émotionnelle. Plus de travestis hauts en couleur, de transsexuels déjantés, de
personnages à la sexualité ambiguë: les hommes sont plus virils et machos que
nature, ils boivent des canettes de bière et regardent le foot à la télé, et matent les poitrines des femmes quand ils
ne les violent pas.
Les femmes, elles, sont
"almodovariennes" à souhait: sincères, vraies, nature, courageuses,
généreuses et solidaires, elles affrontent drames et conflits en ne se dérobant
pas, regardant les choses et les êtres en face, sachant reconnaître leurs
erreurs et extériorisant leurs sentiments avec une émotion pudique. De la confrontation entre cette
"vérité" des personnages et les situations qu'il leur est donné de
vivre, naît l'humour, qui n'est jamais distance ironique et méprisante, mais
capacité à ne pas se laisser entamer par les circonstances.
Cette évocation pourrait laisser
entendre que le film frise la caricature, ce qu'il évite grâce à l'intelligence
du metteur en scène et à l'exceptionnelle qualité de l'interprétation.
Cependant, on pourra lui reprocher certains aspects fabriqués, artificiels ou
convenus – du moins dans le sens de la convention almodovarienne -, ainsi que
certains clins d'œil superflus, comme lorsque Carmen Maura s'étonne de la
taille de la poitrine de sa fille, incarnée par Penélope Cruz, dont tout
lecteur de la "prensa de cotilleo" sait qu'elle se l'est fait
"améliorer" lors de son séjour hollywoodien – ce qui ne l'empêche
pas, dans le film, de protester de son authenticité!
Ce que l'on aimera entre autres dans
"Volver", c'est le soin minutieux apporté aux décors, ces intérieurs
aux papiers peints impossibles et évidents, aux bibelots et photographies
surannés et familiers, au doux désordre rassurant. Et les professeurs
d'espagnol y trouveront une pépite à
exploiter: une séquence inoubliable où Almodóvar parodie à peine une émission
de "telebasura", où le clinquant et l'artifice du décor le disputent
à l'agressivité et à la laideur morale des animateurs; face à eux, la
merveilleuse Agustina (formidable Blanca Portillo), fragile oiseau gris égaré
dans cette jungle criarde et hostile, et qui sagement finit par se rebeller,
plantant là les vautours frustrés de confessions obscènes.
"Volver" est un excellent
film, même si, comme il a été dit plus haut, on n'en ressort pas aussi
bouleversé que de "Todo sobre mi madre", par exemple. Et puis,
pourquoi le taire, on peut ne pas apprécier l'interprétation que propose
Estrella Morente du tango créé et immortalisé par Gardel. Mais c'est là un
détail. Régalez-vous, Almodóvar est de retour!
Anne-Marie Penon